Pas de repos pour les braves

Marathon d'Albi 2005

9 semaines de préparation, 3 ans de course à pied et enfin le rêve de participer à cette course est proche. Le plan récupéré sur le forum a été mis en pratique à la lettre. 3 entraînements par semaine, du fractionné, du seuil, de l'endurance, bref, la panoplie complète du futur Marathonien. Et l'alimentation, parlons en de l'alimentation, sur la dernière semaine, pas d'alcool, des pâtes et des protéines donc, du sérieux quoi. Petit bémol, une bonne allergie attrapée 4 semaines avant, impossible de s'en débarrasser sans cortisone....mais l'envie de se taper cette course coûte que coûte. Alors rien ne nous arrêtera. Voici notre petite histoire rien qu'à nous, telle que nous l'avons vécue.................

Le CR de Lolo

Bon, c'est Lolo qui ouvre  le bal du compte rendu..

Alors, que dire de ce premier marathon si ce n'est que nous sommes bien tous différents devant l'effort……je m'explique………

Samedi, arrivée à Albi en fin d'après midi, prise de nos quartiers dans un petit hôtel et plein centre du vieil Albi. Retrait des dossards et visite rapide du très beau centre ville aux rues étroites et inquiétantes, une impression de revenir 200 ans en arrière. Le soir, repas entre amis avec comme beaucoup de nos voisins de table une bonne ration de pâtes, là nous savons que nous sommes entre coureurs et que demain nous allons souffrir, enfin quand je dis souffrir, je ne crois pas si bien dire, mais je m'expliquerai plus tard…..repas fini, nous passons près d'un bar ou 2 jeunes musiciens distillent quelques morceaux de Jamiroquai et autre Sting d'une façon fantastique, Mô me rappelle par ses bâillements qu'elle voudrait bien aller se coucher, je m'exécute. Un quart d'heure après nous sommes au lit,  Mô s'endort du sommeil de l'enclume alors que moi je m'enfonce dans une douce torpeur paisiblement. Minuit trente, mon portable nous réveille avec un joli « vous avez un message », Mô sursaute et me pourrit la gueule de n'avoir pas éteint ce maudit téléphone…..personne ne se lève, on verra le message plus tard…………Dimanche, debout 6h00, vérification du SMS, merci Fred pour tes encouragements, mais à minuit trente on t'a maudit héhéhéhé……déjeuner 6h30 où je m'en reprends une couche pour mon téléphone, « encore merci Fred », retour à l'hôtel en passant devant la magnifique et grandiose cathédrale d'Albi où nous prenons quelques photos dans une ville déserte. Préparation, équipement et check point…nous sommes prêts pour notre course. Ligne de départ, du monde, de la musique et un temps idéal, couvert, frais mais pas trop et pas un souffle de vent…..Pan….c'est le départ. Nous avons calculé que pour le terminer en 4h00, il va nous falloir être en 5.41 au kilomètre, GPS au poignet, on trottine tranquillement sous les applaudissements de la foule et des coureurs du 10km qui partiront 15 minutes après nous. Passage au 5 kilomètres avec très peu de retard sur notre temps prévu mais nous n'accélérons pas et restons avec une foulée tranquille, premier ravitaillement, éponge et on se dirige vers le 10 kilomètres. Second ravitaillement, nickel une vraie balade de santé, paysage splendide, la campagne, les gorges du Tarn et son fleuve qui serpente paisiblement sans bruit. 11ème kilomètre les coureurs du semi nous abandonnent en nous laissant bien seul… Au 13ème km nous entrons dans un tunnel de 950 mètres, étroit, très sombre, étrange sensation que ce tunnel où il nous faut quelques minutes pour s'adapter à la pénombre et voir la route un peu mieux, envie de sortir vite de ce piège et en même temps une impression de protection, un second tunnel de 400 mètres nous attend un peu plus loin, finalement c'est agréable le bruit de notre foulée amplifiée par ces murs épais et humides, enfin la lumière, c'est le bout du tunnel, enfin quand je dis le bout du tunnel…….15ème km, ravito, éponges pour le moment, rien de bien méchant, nous avons 3 minutes de retard sur nos prévisions, mais pas d'inquiétude. Nous arrivons au 21ème km, demi tour et zou, nous revenons sur nos pas….Mô n'arrête pas de faire l'andouille ainsi que moi, peut être voulons nous exorciser ce qui nous attend. 25km, ravitaillement je m'entends dire à ma belle, « une vraie balade de santé….. », la suite me donnera tort.  Au poste de contrôle, deux coureurs assis, avec une couverture sur les épaules nous regardent passer le regard vide de toute expression, Nous en parlons un peu et avançons quelques hypothèses sur leur échec alors qu'à cet instant, nous entrons à nouveau dans le fameux tunnel. 29 km écrit à la bombe en plein milieu de cet endroit diabolique et oppressant. Enfin, la lumière et le 30èm km, ravito, et après un arrêt pipi, on repart tranquille…..1 km plus loin, deux autres coureurs arrêtent le camion des abandons. Encore plus loin, un autre coureur se tient la cuisse et peste, c'est terminé aussi pour lui.  On se regarde avec ma chérie et je lui fais remarquer que nous n'avons jamais fait une sortie aussi longue, elle me sourit, moi aussi, ce sera la dernière fois…………….31 km, mon mollet droit me tire un peu, puis en l'espace de 1 km, je sens mes cuisses, et mes deux mollets se durcir, sensation d'impuissance face à cette douleur qui n'en fini pas de monter, je modifie ma foulée, tente de lutter, rien n'y fait, les crampes arrivent, je ralentis à peine, que se passe t'il, ne serait-ce pas le fameux mur dont tous parlent……En fait nous sommes a Albi, ville fortifiée, en fait de mur, c'est un véritable rempart qui se dresse devant moi, et Mô qui n'en finit pas de trottiner le sourire aux lèvres…. 32, 33, 34 km, je souffre atrocement, mes deux jambes sont contracturées à la limite de la rupture, j'adapte ma vitesse en fonction de cet état, et toujours cette Mô qui me prend 10 mètres, fait demi tour, me tourne autour, me regarde souffrir impuissante, puis repart devant, revient……bref à l'évidence elle est super bien et moi au plus mal…..35, 36, 37 km, je n'avance plus, je suis en 5'50, Mô ne tient plus, elle ne veut pas me laisser seul avec ma douleur, mais je sens bien qu'elle veut partir devant, elle ne tient plus, le choix est difficile, je lui demande de ne pas m'attendre, lui dis que moi je ne l'aurais pas attendu, elle sait que c'est faux mais fait semblant de me croire et je la vois s'éloigner impuissant….le doute s'installe doucement, et si, si je ne finissais pas…. !!!!....Je ne veux pas y croire, pas fais 9 semaines de prépa pour lâcher à 5 km de l'arrivée……38, 39 km, ravito, je prends mon MP3 et je m'enferme dans une bulle bercé par cette musique qui me fait oublier la douleur presque 10 secondes, je m'en veux d'être dans cet état, que m'arrive t'il…. ??...Je pense à Mô qui doit être arrivée et suis fier de ma gazelle qui me donne une leçon…..40 km, je prends le temps de faire une photo du panneau, 41km, une coureuse s'arrête, vomi, souffre, puis repart….. je suis seul face à mes doutes, vraiment seul mais il reste 1200 mètres, Lolo, lache pas maintenant, une dernière côte, la ville, les applaudissements, la voie du speaker au loin……Dernier virage, le chapiteau et Mô qui m'attend pour m'accompagner sur les 20 derniers mètres, j'y suis, je finis, 42km195………..on s'embrasse……et Mô qui sourit toujours……moi qui souffre, je ne peux pratiquement plus marcher, mes jambes ne sont que douleur, putain de mur qui a duré 11 km……j'ai froid, faim, suis heureux d'être là tout de même, et Mô qui sourit toujours, il me tarde de rentrer pour me reposer et me soigner………….Ce matin, assis dans mon fauteuil j'écris ce CR, une page est tournée, nous sommes Marathoniens, une victoire sur nous-mêmes, dans la douleur pour moi, et Mô qui n'en finit pas de me sourire…….que la vie est belle en ce lundi matin……

Le CR de Mô

Bon voilà, J-1, je prépare les affaires. Lolo travaille ce matin et nous partons dans l'après-midi pour Albi, car nous dormons là-bas.

Vous savez tous que je commençais à baliser, un peu tendue, un peu nerveuse… bref, le stress de l'inconnu. Nous avons Laurent et moi préparé ce marathon avec beaucoup de soin. Entraînement assez dur sur 9 semaines, alimentation et conseils de notre ami Fred. 3 voire, 4 entraînements par semaine avec 2 séances de qualité et 1 ou 2 d'endurance. Je dis ça pour les rétracteurs qui pensent que Lolo l'a pris par-dessus la jambe. Il s'est entraîné avec moi, a mangé ce que j'ai mangé et a vécu auprès de moi pendant ces semaines. Je voulais juste signaler ce fait, je referme la parenthèse.

Donc samedi, toujours fatiguée, peu d'appétit et mal à la tête. Lolo me traîne jusqu'à l'hôtel du centre ville, 3ème étage. Pffffffffff, les escaliers de la mort, en colimaçon, je lui signale que ça me fatigue les jambes et que ce n'est pas le moment. Il se moque de moi bien sûr. A la fin de la journée, je les monte à quatre pattes, moins difficile mais plus ridicule. La soirée entre amis de mon club d'athlé et plutôt conviviale au restaurant du »Vigan »,  avec des pâtes  bien entendu. Nous plaisantons sur le « pas de sexe » ce soir, sinon gaffe aux perf… De toute façon moi je ne pense qu'à une chose, c'est me mettre au lit et dormir un max pour être en forme.  Bien dormir, bien manger, bien se reposer. Je voulais avoir toutes les conditions requises. La nuit a été interrompue par le portable de Lolo. Je l'ai pourri car il ne l'avait pas éteint. Fred ce n'est pas ta faute, c'est la sienne. J'avais peur de ne pourvoir me rendormir.

Six heures, déjà, petit déjeuner difficile à avaler pour moi… le stress, toujours, sans doute. Puis nous nous préparons, le temps passe relativement vite surtout que Lolo décide de visiter Albi au petit matin (il a de ces idées parfois). Je râle un peu car je ne veux pas me fatiguer les petites gambettes. Et nous voilà au pied de la majestueuse cathédrale… et moi qui stresse, « allez viens, on rentre, on va louper le départ… ». Enfin l'heure approche, on part rejoindre la ligne de départ où l'on retrouve mes amis du club. Nous sommes 4 à faire le marathon pour la 1ère fois. Sur nos dossards et je ne l'ai appris que par la suite, une étiquette orange fluo pour identifier les bleus. Un journaliste de la Dépêche du Midi est venu m'interviewer, demain je serai peut-être citée. Je suis très tendue, j'ai mal au rein, je m'étire (je pense à Linda).

Le départ, déjà, je cours, ça y est l'angoisse disparaît devant l'action, plus de stress, maintenant il faut courir pendant plus de 42 bornes. Nous partons assez lentement, je suis toujours assez prudente, alors là, c'est encore pire. Nous plaisantons avec les uns et les autres. C'est un jeu entre Lolo et moi, nous vivons comme ça, nous plaisantons, c'est un de nos moteurs, ça vous le savez. Les 10 premiers kms sont avalés tranquillou, avec un arrêt pipi pour monsieur (photo à l'appui), les concurrents du semi rebroussent chemin et nous continuons notre route mythique… Les passages sous les tunnels sont fantastiques. Un autre monde, un peu comme un rêve, surréaliste. Très sombres, étroits, et la résonance de nos pas cadencés… Très étrange comme atmosphère. Je suis bien, peu de sensation de malaise alors que nous arrivons vers le semi. Nous n'arrêtons pas de plaisanter avec les gendarmes et autres organisateurs. Il m'arrive de demander le stand maquillage au ravitaillo, ça fait rire ceux qui me prennent pour une « barbie ». J'ai besoin de ça, je fonctionne comme ça. Nous croisons les concurrents qui ont déjà fait le demi tour du semi, je leur souris, bêtement. Certains me rendent mon sourire, d'autres sont concentrés sur leur course. Je reçois quelques encouragements des « anciens » qui voient ma bande fluo orange. 23ème kms, Lolo m'enregistre et me demande mes impressions : « musculairement ça tient, c'est plutôt les articulations des genoux qui commencent à être douloureuses ».  Mais dans l'ensemble, je me sens plutôt bien, et à ce moment là, le doute s'éloigne. Au 25ème km, je suis surprise de voir deux hommes assis, couverture sur les épaules, le regard vide. Je pense que je suis en bien meilleure forme et à ce moment là j'ai un mental d'acier. Je suis bien dans ma tête, je souris et plaisante toujours. Nous accélérons un peu l'allure et nous doublons avant l'entrée du tunnel mes deux collègues du club qui étaient parties plus vite. Je suis toujours aussi bien dans ma tête et cette nouvelle traversée dans le noir me rend euphorique. Je trouve ça génial, et j'accélère. Nous passons le 29ème dans la pénombre, puis le bout du tunnel. Au ravitaillo du 30ème, le bus de ramassage commence sa collecte. Un homme devant nous lève le bras. Ca me fait un choc, car je n'avais pas vu qu'il était en difficulté. Puis un peu plus loin, encore un autre. Nous dépassons la camionnette. A l'intérieur, des hommes abattus, n'osant se regarder. Je pense très fort à eux. Je me dis, « c'est donc ça le mur » et je fais un rapide bilan. Je n'y comprends rien, je me sens bien, la douleur se gère, je suis dans une bulle. Un peu euphorique. Je ne m'attarde pas sur mes douleurs, et je me rends compte que si j'ai un certain rythme de course, celles-ci s'apprivoisent. Comme une mécanique, qui, une fois lancée, ne craint pas le grain de sable. Alors je me dis qu'il faut que je me méfie, que le mur est une réalité et qu'il peut apparaître au bout d'une foulée. Mais je n'y crois pas vraiment. Je souris, je suis bien. Mais le grain de sable arrive là où je ne l'attendais pas. Laurent commence à souffrir, je le vois, je le sens. Il me dit qu'il commence à avoir très mal. J'ai accéléré mais il ne peut pas suivre. Ma foulée est plus rapide, je  prends quelques mètres, suis trop loin, je fais demi tour, je ne sais comment faire. J'essaie de ralentir et là toutes les douleurs reviennent. Je sens mes os s'entrechoquer, mes orteils, mes genoux, mes reins. Une douleur partant de la fesse et descendant jusqu'au ischio. Que faire ? Je ne suis bien que dans mon rythme, c'est très étrange. Vers le 37ème Lolo me dit de partir. Qu'il finira. Je le laisse. Ca ne se fait pas dans le monde des marathoniens. Mais j'ai une envie irrésistible de courir. Je crois que je sécrète un truc anormal, je suis une machine, je m'en rends compte, un peu. Je cours, vite, de plus en plus vite. J'avale les kilomètres sans effort. Je remonte beaucoup de personnes qui n'en reviennent pas de me voir si en forme. Je n'en sais rien, je ne comprends pas non plus, je souris et remerciant gentiment sur mon passage lorsque l'on m'encourage. Un robot lobotomisé. C'est tout ce que j'ai trouvé comme explication. Vous allez trouver ça présomptueux mais je crois que s'il y avait eu plus de km, je les aurai avalés aussi.

L'arrivée… les spectateurs applaudissent. Oui, bon, je passe la ligne, je regarde le chrono 4H06. Bien, je repars dans l'autre sens, en courant pour retrouver mon Lolo. Le haut parleur me demande de quitter le sas d'arrivée, alors je sors des barrières, la puce au pied. Je me fais pourrir par les organisateurs qui viennent me récupérer pour la rendre. Grrrr, pas de temps à perdre, je veux rejoindre Lolo. Ma puce n'avait pas bipé alors faut que je repasse la ligne. Je le fais en sautillant comme une gamine. L'organisatrice est hors d'elle car je lui ai décalé son classement. Je repasse en 4H10. Après les formalités d'arrivée, tee-shirt et vin je peux enfin repartir. Je cours donc de nouveau en sens inverse, et là JE LE VOIS. Il  a réussi. Je le rejoins et repasse pour la 3ème fois la ligne d'arrivée. Nous sommes marathoniens.

Que dire ? C'est vrai que je ne réalise pas trop. Il ne me semble pas avoir fait quelque chose d'extraordinaire. Sans doute n'ai-je pas été au-delà de moi-même. Je n'ai aucun mérite. J'admire ceux qui ont souffert et qui l'on finit. Je t'admire Laurent. Et merci, grâce à toi, j'en suis là. Tu me donnes la confiance qu'il me manquait.  Moi, j'ai juste couru.

Marlène/Mô

PS : anecdote du repas. Nous avons déjeuné à côté d'un jeune homme qui m'a demandé si je ne faisais pas partie du forum courseapied.net.  Le monde est petit n'est-ce pas Ludo Runner ?


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